jeudi 30 octobre 2014

Sylviculture en forêt feuillue : la station touristique de Duschenay

Ce vendredi 24 octobre, nous avons été accueillis par 4 personnes, qui nous ont présenté différents dispositifs expérimentaux en sylviculture feuillue : René Dion, de la SEPAQ, gestionnaire du site de Duschenay, Jean, de la SEPAQ, Guy Lessard, du CERFO (Centre d’enseignement et de recherche en foresterie) et Steve Bedard, de la direction de la recherche forestière au MFFP.

La Station touristique de Duschenay s’étend sur 89 km² (8 900 ha). Elle a été créée en 1935 avec plusieurs objectifs :
  • L’expérimentation forestière
  • L’enseignement aux étudiants en foresterie et au grand public
  • Le récréotourisme
  • La production de bois

L’activité de vulgarisation auprès du grand public a été abandonnée dans les années 80 suite à la fin du régime de concessions

Les principaux enjeux sylvicoles concernent la production de billes de bouleau jaune (Betula alleganensis), dont la valorisation en déroulage et sciages constituent le débouché le plus intéressant pour les peuplements feuillus au Québec (hormis l’acériculture). La sylviculture du bouleau jaune vise ainsi à obtenir pour un arbre, 3 à 4 billes de 50 cm de diamètre à 100 ans, valorisées pour environ 300 $ chacune.
Ces dispositifs s’inscrivent dans un contexte de forte progression de la maladie corticale du hêtre qui entraîne d’importantes mortalités pour cette essence. Ce hêtre (Fagus grandifolia) a des caractéristiques très similaires au Fagus sylvcatica européen : forte dynamique de régénération, faible appétence, bonne tolérance à l’ombrage, bois nerveux, etc. En conséquence, cette essence est défavorisée dans la sylviculture, également dans un souci de sécurité du public.

Les différents dispositifs présentés concernent plusieurs modalités d’éclaircie en futaie irrégulière feuillue :
  • Coupe progressive irrégulière pied à pied
  • Coupe progressive irrégulière par bandes
  • Coupe progressive irrégulière par trouées
Régénération de Hêtre et de Bouleau jaune suite à une coupe progressive irrégulière

Ces types de coupes ont également été déclinés selon plusieurs degrés d’intervention, qui aboutissent à différentes surfaces terrières résiduelles (9 à 14 m²/ha)
Dans tous les cas, le martelage a été réalisé manuellement et a abouti à désigner des arbres d’avenir (env. 250 à 300 par ha) pour lesquels il faudra travailler. Les opérations sont mécanisées et c’est l’opérateur qui choisit les arbres à enlever en fonction des consignes données. Cette méthode contribue ainsi également à mieux valoriser le travail des opérateurs par rapport à des coupes réalisées de façon systématique. Les machines circulent sur des sentiers d’exploitation, qui sont réutilisés ou déplacés en fonction des types de coupes considérés.

En raison de son caractère pionnier, la régénération du bouleau jaune est facilitée sur des sols où le socle minéral apparaît. En conséquence, la protection des sols est moins préoccupante qu’en France, car les perturbations liées à l’exploitation (passage des engins, entailles de trainage du bois, etc.) favorisent l’installation du bouleau jaune. Certains dispositifs intègrent aussi une opération de scarification du sol afin de recréer des conditions favorables à l’installation de cette essence. Cependant, elle est concurrencée par un autre feuillu intolérant : le peuplier faux-tremble (Populus tremuloides), très dynamique, mais dont le bois est beaucoup moins intéressant.

Sur certains essais, des interventions en taille de formation et élagage des tiges d’avenir ont permis d’améliorer la qualité des bois.

Nous avons retrouvé des approches et difficultés comparables à celles de la sylviculture irrégulière de forêt feuillue pratiquée en France, en particulier :
  • cette sylviculture est caractérisée par l’importance du dosage de la lumière. Les chercheurs ont ici choisi d’approcher ce paramètre grâce à une notion d’espacement des tiges d’avenir plutôt que par la surface terrière, car cela leur permet de mieux appréhender la répartition des tiges sur l’ensemble du peuplement.
  • les populations d’ongulés (orignal, cerf de virginie) viennent contrecarrer les efforts des sylviculteurs. En effet, les densités d’animaux sont importantes au sein de la Station touristique car la chasse n’y est pas pratiquée. Les jeunes bouleaux jaunes subissent ainsi une forte pression d’abroutissement, tandis que le hêtre est favorisé en raison de sa moindre appétence. Ces observations ont été confirmées par des essais d’installation d’exclos : les peuplements situés au sein de ces exclos présentent une dynamique de croissance plus importante et les efforts du sylviculteur pour favoriser le bouleau jaune au détriment du hêtre donnent de meilleurs résultats.

Nous avons enfin été impressionnés par les mesures prises pour la rétention d’arbres à but écologique, qui sont bien plus importante qu’en France. Il est ainsi visé de maintenir :
  • 1 arbre prédominant à l’hectare
  • 1 arbre semencier à l’hectare
  • 5 à 8 arbres fauniques (arbres à cavité, arbre portant un nid, etc.) à l’hectare
  • 5 à 8 chicots (arbre mort sur pied) à l’hectare
Rétention d'un "chicot"

Guy Lessard et Steve Bedard

Pour aller plus loin, vous pouvez retrouver tous les détails concernant ces dispositifs (contextes, protocoles et résultats) en cliquant ici.


Article rédigé par Aurélia et Lola

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